L'offensive protectionniste de Trump foudroie les partenaires des Etats-Unis et affole les marchés
Les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis ont globalement temporisé jeudi face au coup de massue sur les droits de douane infligé par Donald Trump qui provoque un vent de panique sur les marchés.
Le président américain a parlé mercredi d'une "déclaration d'indépendance économique" pour son pays, et a prédit jeudi sur sa plateforme Truth Social que les Etats-Unis en ressortiraient "plus forts" qu'avant.
Mais dans l'immédiat, c'est la gueule de bois à Wall Street, où les ménages américains placent massivement leur épargne: vers 15H50 GMT, l'indice Nasdaq chutait de 5,00% et l'indice élargi S&P 500 lâchait 3,96%.
Parmi les entreprises fuies par les investisseurs, figurent celles de l'habillement comme Gap (-18,72%), dont le modèle économique repose largement sur la confection en Asie.
Les nouveaux droits de douane annoncés par la présidence américaine sont particulièrement punitifs pour des pays incontournables pour l'industrie textile, comme la Chine (qui subira au total +54% de taxes sur ses produits), le Cambodge (+49%), le Vietman (+46%) ou encore le Bangladesh (+37%).
Symptôme des fortes inquiétudes sur un ralentissement économique à venir, le pétrole plongeait d'environ 7% et l'or, actif refuge, a connu de nouveaux sommets.
Les marchés asiatiques et européens ont chuté lourdement pendant la journée (-2,77% à Tokyo, -3,31% à Paris).
Cette nouvelle salve arrive après d'autres, plus ciblées: +25% sur l'acier et l'aluminium, mais aussi depuis une semaine +25% sur les voitures importées aux Etats-Unis.
- "Maintenir la communication" -
Pour l'heure, aucun pays n'a ajouté de l'huile sur le feu en matière de guerre commerciale.
Pékin a dit jeudi "maintenir la communication" au sujet du commerce et de l'économie, tout en exhortant Washington à "annuler immédiatement" ses taxes douanières punitives et en promettant de riposter.
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, va parler avec ses homologues américains vendredi. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a assuré qu'il n'est "pas trop tard" pour négocier, mais dit aussi que l'UE était "prête à réagir".
Il s'insurge en particulier contre le déficit commercial américain, qui représentait encore un trou massif en février selon les chiffres les plus récents publiés jeudi.
- "Masochistes" -
L'offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, passe par un droit de douane généralisé d'au moins 10% sur toutes les importations à partir du 5 avril à 04H01 GMT. Des majorations sont prévues à partir du 9 avril pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale.
Les marchandises de l'UE prendront ainsi par exemple 20% de taxes additionnelles, s'ajoutant aux droits de douane déjà en vigueur.
Selon les analystes d'Oxford Economics, cette salve de Trump et ses conséquences pourraient ralentir nettement la croissance mondiale et la ramener sous les 2%.
"Les droits de douane de Trump sont les plus coûteux et les plus masochistes que les États-Unis aient appliqués depuis des décennies", a fustigé jeudi sur X Larry Summers, l'ancien ministre des Finances sous Bill Clinton.
- Des usines à l'arrêt en Amérique du Nord -
Malgré les appels au dialogue politique, la plupart des États critiquent vertement l'initiative américaine.
L'Australie a dénoncé un "geste qui n'est pas celui d'un ami".
La France, qui réunit jeudi les représentants de ses filières les plus touchées, déplore une "immense difficulté" pour l'Europe, et se dit, comme Berlin, prête à cibler la tech américaine dans le cadre d'une réponse continentale.
"Toute tentative d'imposer un protectionnisme (...) n'a plus sa place dans le monde", a quant à lui affirmé le président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva, dont le pays récolte le taux minimal de 10%.
La surtaxe sur l'automobile a déjà fait ses premières victimes avec l'annonce jeudi par Stellantis de la fermeture de son usine Chrysler de Windsor (Canada) pendant deux semaines. Le groupe envisage aussi des "pauses" dans ses usines mexicaines.
Le suédois Volvo Cars, propriété du groupe chinois Geely, a affirmé qu'il allait devoir augmenter sa production de véhicules aux Etats-Unis.
Donald Trump présente les droits de douane comme une baguette magique capable de réindustrialiser le pays, de rééquilibrer la balance commerciale et d'éponger le déficit budgétaire, à rebours de la plupart des économistes qui anticipent de lourdes conséquences pour l'économie américaine.
B.Mercier--PS